24 avril 2008

Hmong : Un génocide silencieux

"Guerre Secrète au Laos" reportage de Grégoire Deniau diffusé dans l'émission "Envoyé Spécial" de France2 le 16/06/2005



"Guerre Secrète au Laos" reportage de Grégoire Deniau diffusé dans l'émission "Envoyé Spécial" de France2 le 16/06/2005 (et plus que jamais d'actualité) à Voir la vidéo : http://dragoeco.blogspot.com/2008/04/hmong-un-gnocide-silencieux.html

Depuis plus de 30 ans, l'armée laotienne (aidée par l'armée vietnamienne) chasse et extermine hommes, femmes et enfants de la communauté Hmong réfugiés dans les montagnes au nord du Laos. Quel crime ont-ils commis ? Pour faire simple, leurs parents et grands-parents ont aidés les Français et les Américains durant la guerre et les communistes ne leur ont jamais pardonnés cela. Les Hmong, qui étaient près de 30.000 et ne sont aujourd'hui plus que 8.000, se retrouvent éparpillés par petits groupes dans la jungle et les montagnes, sans médecin et avec comme seule nourriture, des racines et des pommes de terre sauvages (parfois un rongeur ou quelques cafards en guise de viande). Un enfant sur deux n'atteindra pas l'âge de cinq ans. Il sera soit tué par l'armée ou succombera d'une carence alimentaire ou d'une maladie.

Aux dernières nouvelles (Février 2008 diffusées par le site http://www.factfinding.org/) l'armée laotienne a encore tuée 22 Hmong. Parmi eux :

- Mee Thao, fillette de 11 ans
- Ge Lee, fillette de 8 ans
- Cha Lee, garçon de 12 ans
- Pang Thao, fillette de 12 ans
- Mai Yang Her, garçon de 14 ans
- Lee Yang, garçon de 3 ans
- Pao Yang, garçon de 4 ans
- Ia Lee, fillette de 3 ans

Tout cela se passe sous l'œil indifférent de la communauté internationale alors AGISSONS!!! Commencez par regarder cette vidéo. Elle vaut mieux que tous les discours du monde. Ensuite, passez faire un tour sur le site de l'association "Urgence Humanitaire Asie" (http://www.uhasie.org/). Vous pourrez y télécharger une pétition (En français ou en anglais) à faire signer par un maximum de personnes de votre entourage (Au bureau, à l'école…). Elle sera remise avant fin juin 2008 au Président de la République Française, Mr Nicolas Sarkozy.

- Pour télécharger la pétition et savoir où la renvoyer une fois remplie de signatures :
http://www.uhasie.org/index.php?2008/04/21/65-petition-nationale-pour-sauver-les-hmong-a-tous-les-francais

- Actu:
http://www.factfinding.org/news.html (Attention, certaines images sont très dures)

- Pour en savoir plus sur les Hmong :
http://www.uhasie.org/index.php?dlm/1/15 (Format PDF)

- Autres liens : http://www.uhasie.org/ http://fr.wikipedia.org/wiki/Miao http://www.factfinding.org/ (La rubrique "Media" contient une video que je n'arrive pas à regarder tellement les images sont terribles et insoutenables ! âmes sensibles...)
http://forums.france2.fr/france2/envoyespecial/sauver-servir-france-sujet_5216_1.htm : Forum de discutions de l'émission "Envoyé spécial". Très animé…
- Article paru dans le Figaro Magasine en 30 septembre 2006

Laos : L'armée des ombres

Pourchassés depuis plus de trente ans par les troupes gouvernementales de la République populaire du Laos, les derniers survivants du peuple Hmong sont désormais à l'agonie.

C'est un voyage au bout de l'enfer, au cœur de la géhenne. L'un de ceux qui nourrissent vos cauchemars ou habitent vos insomnies. Le reporter-photographe Roger Arnold revient de loin. Dans tous les sens du terme. Début juillet, il a pu se rendre - illégalement - dans les montagnes laotiennes, à la recherche des derniers survivants du peuple Hmong. Une ethnie maudite, pourchassée et massacrée par le gouvernement communiste de la République populaire démocratique du Laos (et ses alliés vietnamiens) depuis trente ans. Vous n'en avez jamais entendu
parler ? Normal. C'est un génocide insidieux et silencieux. Sans témoins, ou presque. Pour les rares journalistes qui ont assisté à ce drame à huis clos, ce fut long, pénible et risqué. Patienter des semaines, établir un contact, marcher des journées entières dans une jungle touffue et malsaine, éviter les patrouilles lao-viets. Et revenir avec son témoignage, du bon côté du Styx, dans le monde des vivants.

Si Roger Arnold a effectué cette périlleuse expédition, c'est pour vérifier une information. Le 6 avril 2006,31 Hmongs sont tombés dans une embuscade de l'armée laotienne, apprend-il un jour. Bilan : 26 morts (17 enfants, 8 femmes et un homme) et 5 blessés. Trois mois plus tard, du côté de la ville de Vang Vieng, il fait la jonction avec un groupe hmong. « Les guérilleros ont émergé de la forêt comme des fantômes, raconte-t-il. Ils n'avaient jamais vu d'étranger, ni même de civils y compris de leur propre pays. » Des soldats vêtus de haillons, équipés de bric et de broc, avec un armement disparate issu de la guerre du Vietnam (fusils M 16, lance-grenades M 79, kalachnikovs glanés au combat). Ils font partie des quelques groupes (au total : entre 8 000 et 12 000 personnes) qui errent dans la montagne, sans point fixe, vivant comme des chasseurs-cueilleurs et traqués par l'armée. Ce qu'on leur reproche ? Avoir combattu pendant la guerre du Vietnam dans l'« armée secrète » de la CIA, contre le Pathet Lao (Parti communiste laotien) et ses sponsors nord-vietnamiens. Une guerre qui s'est achevée en... 1975 !

Jamais assimilés et toujours méprisés

Retour en arrière. Au début des années 60, afin de soutenir le royaume de Laos contre la guérilla communiste et de neutraliser les incursions nord-vietnamiennes, la CIA dépêche ses officiers dans les montagnes du Laos. Une zone idéale pour la guerre subversive et souterraine qu'ils entendent mener : massifs de plus de 1 500-2 000 mètres d'altitude situés à la frontière nord-vietnamienne, difficilement accessibles et protégés par la végétation. Surtout, les autochtones y sont férocement anticommunistes. Les Hmongs (aussi appelés Miaos par les Chinois ou Méos par les Laotiens, mais avec une connotation péjorative) y vivent de la culture du pavot. Originaires de la Chine méridionale, ils se sont installés dans les hauteurs du Laos au XIXe siècle. Jamais assimilés et toujours méprisés par les Laotiens (qui les traitent de « sauvages »), ces montagnards superstitieux et ombrageux sont progressivement récupérés puis utilisés par l'administration coloniale. Un de leurs chefs, Touby Ly Fong, devient le meilleur soutien des Français. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Hmongs aident les commandos alliés parachutés derrière les lignes japonaises. En 1945, l'armée française change d'ennemi (le Viêt-minh remplace les Nippons) mais pas d'ami : les Hmongs feront la guerre d'Indochine à ses côtés.
Mais pas n'importe comment. Rebelles et frondeurs, les Hmongs se battent quand ils veulent et comme ils veulent. Agiles et rapides, ils connaissent la jungle comme leur poche. Ils évoluent dans la population comme un poisson dans l'eau, selon le précepte maoïste. Des qualités idéales pour la contre-guérilla que l'état-major français se décide (un peu tard) à organiser, le combat frontal avec le Viêt-minh se révélant inefficace. En 1952, le capitaine Déodat du Puy-Montbrun, aide de camp du général de Lattre, crée le GCMA (Groupe de commandos
mixtes aéroportés). Rattaché aux Services spéciaux, le GCMA utilise les méthodes adverses et invente un concept aujourd'hui enseigné dans toutes les académies militaires (notamment à West Point, depuis le conflit en Irak), celui de « guerre révolutionnaire ». Mobilité, camouflage, harcèlement, sabotage : entraînés et commandés par une poignée de Français, les partisans hmongs font des merveilles. Ils ont beau disposer d'un arsenal hétéroclite (arbalètes, mousquetons à pierre avec poire à poudre en corne de buffle, etc.), bouffer de l'opium et croire aux phis (les esprits), les résultats sont là, même s'ils ne feront jamais l'objet d'aucun communiqué militaire ! De 1952 à 1954, les maquis « Malo-Servan-Sangsue », basés au Laos, multiplient les coups de main et sèment la terreur chez le Viêt-minh. Jusqu'à Diên Bien Phu. Fin de l'acte I.
Lorsque les barbouzes de la CIA dénichent les Hmongs, ils tombent sous le charme. Bill Lair, vétéran et fondateur de l'« armée secrète », témoigne : « Ils étaient les meilleurs guérilleros du monde. Ils grimpaient les montagnes à une telle allure qu'on aurait juré qu'un hélicoptère les transportait ! » En 1962, les Forces spéciales aménagent plusieurs terrains d'aviation (les « Lima sites ») dans le pays hmong. Des milliers de jeunes Hmongs sont recrutés par l'« armée secrète ». Celui qui les commande est un ancien officier du GCMA, Vang Pau. Elevé au grade de général par Washington, il sera évacué vers les Etats-Unis en 1975 avec quelques adjoints. Tous ses hommes n'auront pas cette chance. Vingt mille d'entre eux sont morts au champ d'horreur pendant la guerre du Vietnam. Au cimetière d'Arlington, à Washington, un monument commémoratif rappelle leurs faits d'armes. Mais il a fallu attendre 1997 et un lobbying acharné de la diaspora hmong (ils sont 300 000 réfugiés aux Etats-Unis) pour obtenir ce timide hommage.
Quant à ceux qui sont restés au Laos, c'est encore pire. Au pouvoir depuis 1975, le Parti communiste en a fait des ennemis publics. Début de l'acte II. Retranchés dans les hauteurs, ils survivent en petites communautés (hommes, femmes, enfants), se terrant dans la forêt et réduits à l'état de gibier. Coupés du reste du monde, affligés de maladies, couverts de vermine, ils manquent de tout : munitions, médicaments, aliments. Des racines et des écorces, parfois quelques rongeurs ou des cafards : tel est leur ordinaire, car le nomadisme imposé par la traque interdit toute forme de culture. Guidé par ses soldats-fantômes, Roger Arnold a rencontre l'une de ces tribus nomades : « II y avait devant moi, accroupis ou agenouillés, des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants, qui pleuraient, qui hurlaient, me demandant de les sauver des soldats communistes. (...) La plupart, y compris femmes et enfants, arboraient des blessures par balles ou schrapnels. Tous étaient figés par la peur. De jeunes amputés claudiquaient sur des béquilles en bambou. (...) Chacun se prosternait à mes pieds, m'apportant des feuilles en guise d'offrande, c'est tout ce qu'ils avaient à donner ! »
Leur chef, Blia Shoua, conduit alors notre confrère à l'endroit où vingt-six des siens ont été occis par l'armée laotienne, le 6 avril 2006. Des tombes creusées à la hâte, couvertes de hardes trouées par les balles. Autour, les feuilles et les arbres déchiquetés par les rafales prouvent la virulence de la fusillade. Ce n'est, hélas, que l'une des multiples tueries subies par les Hmongs depuis trente ans. Il y a encore dix ans, ils étaient 30 000. Trois fois moins aujourd'hui. Ceux qui ont tenté de se rendre ont été passés par les armes. Ce qui contraint les autres à se cacher, le pitoyable arsenal hérité des Américains leur servant uniquement à l'autodéfense. « Ce sont les communistes qui font ça, martèle Blia Shoua. C'est l'armée laotienne, aidée par les Vietnamiens. Il n'y a que la communauté internationale qui puisse nous sortir de là... » Pourtant, à en croire les autorités de Vientiane, il ne se passe rien au Laos. Joint par Roger Arnold, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la République populaire démocratique du Laos nie tout : « II n'y a pas un seul Vietnamien sur notre sol. Ce massacre n'a jamais eu lieu. (...) Il n'y a plus ni conflit, ni guerre au Laos. »
Même sous les tropiques, la vengeance est un plat qui se mange froid. Abandonnés et délaissés, les Hmongs de l'« armée secrète » jouent ici le dernier acte de la tragédie asiatique. Qui a dit que la guerre du Vietnam était finie ?

0 commentaires: